Ça y est, la première interview des Echos Du Hip Hop version US est là, et pour commencer cette section, nous avons eu la chance d’avoir IDE (CEO de Creative Juices Music) qui a accepté de répondre à nos questions par téléphone.
Pour la version anglaise ça se passe ici : http://www.echosduhiphop.com/interview-ide-version-us/
Becri : Salut Ide, comment ça va ? Tout d’abord, merci d’avoir accepté de faire cette interview ! Pour commencer, pourrais- tu dire de quel façon tu es entré en contact avec le Hip Hop ?
Ide : Merci à vous de m’interviewer les mecs ! En fait, je suis tombé dans le Hip Hop très jeune. J’étais le genre de gosse à l’école qui pouvait te mémoriser tous les lyrics et ensuite te les ressortir en vers. Mais ce qui m’a vraiment fait tomber dedans, c’est quand mon pote a eu sa première platine, j’étais au collège à ce moment là. J’allais tout le temps chez lui, et on passait notre temps à tripper avec les disques. Pour moi ça a tiqué direct.
Peu de temps après, j’avais économisé assez pour m’acheter ma première Gemini à courroie. Elle était merdique, mais je me suis énormément amusé avec ! Ensuite, j’ai eu le Gémini Mixer qui permettait de sampler pendant 10 secondes. ça m’a vraiment introduit dans le looping et la conception du sampling. Je collectionnais les breaks et les disques (en particulier Slammin Breaks) avec les sons de batteries, et j’en samplais de petites parties grâce au mixer.

C’est là que les choses ont réellement commencé pour moi. Ce petit sampler faisait aller mon esprit dans 1000 directions différentes, avec toutes les possibilités qui m’étaient offertes. J’étais le genre de mec qui passait ses journées à chiller avec ses potes au disquaire du coin, à supplier le proprio’ de le laisser utiliser ses Technics (rires). C’était au moment où le film « Juice » sortait. On était obsédé par l’idée de mettre nos mains sur une Technics 1200.
J’adorais le Hip Hop et quand le Wu-Tang s’est mit à tout niquer, s’en était fini, j’étais obsédé par le Hip Hop ! J’ai finis par obtenir mes propres Technics des années plus tard, et puis j’ai économisais pour m’approprier tout le matériel nécessaire. Progressivement j’ai amélioré mon équipement, j’ai acquis une drum machine, j’ai toujours de vieilles cassettes démos de moi rappant sur des beats quand j’étais au lycée. À cette époque tout le monde était à fond dans le graffiti, à tellement tagger le lycée qu’on était à deux doigts du renvoie définitif ! J’étais encerclé par le Hip Hop, et j’en ai tout absorbé !
Becri : Aite, on voit le truc ! Et donc, comment en es-tu venu à monter le label Creative Juice Music (CJM) ?

Ide : C’est assez drôle, quand je regarde en arrière, rien de tout cela n’a jamais été planifié, ça a juste été une évolution progressive entre nous et nos idées. CJM a été fondé par Alucard et moi-même, à la base ça vient d’une mixtape que j’ai fais. Alucard et moi, on faisait des enregistrements marathons, on te faisait l’art, les beats, les rhymes, l’enregistrement. Tout ça en une session de trois jours non stop ! Une des premières mixtapes s’appelait « Creative Juices ». À l’époque je vivais dans un building dans le centre de New-York. je vendais du « matos » et j’enregistrais du son toute la journée. Donc entre deux sessions les gens passaient m’acheter du « matos », et on en profitait pour leur filer des copies de nos CD. Et les gens kiffaient ! De là, ils ont commencé à nous associer au nom de « Creative Juices » et c’est comme ça que notre musique s’est répandue.
Au cours des années, on a commencé à collaborer avec de plus en plus d’artistes et être de plus en plus impliqué dans la scène New-Yorkaise. C’est progressivement devenue un crew de plusieurs personnes, et nous avons commencé à sortir des CD’s d’autres artistes que nous-même. On a commencé à être vu en tant que label, et ça fait plus de 5 ans qu’on essaye de nous organiser et de grandir. Tout ce que nous faisons est fait chez nous et de manière totalement indépendante sans aucun soutient financier. Du coup, il faut qu’on taf 5 fois plus dur pour de bons résultats.
Becri : Okay, et donc, étant donné qu’à la base vous êtes surtout un groupe d’amis, aujourd’hui peux-tu nous dire sur quels critères tu décides de signer un artiste sur le label ?
Ide : Ben, tu sais, on est « Straight Hip Hop » mec ! En gros il faut juste que tu soies un tueur sur le mic, que tu craches des rhymes mortelles, que tu aies un style unique bien à toi et que tu soies original. Pas un de ces clones. Tu sais, aujourd’hui le marché est hyper saturé, y’a tellement de daubes qui sortent de nos jours et qui tournent en radio…
On est super difficile quant au type d’artistes avec qui on travaille. Tous les mecs de CJM, avant d’être signé chez nous, avaient leur réputation dans la rue, ils avaient déjà tous un gros buzz que ce soit au niveau artisique ou pour leurs compétences de battle emcee. On ne recrute pas vraiment d’artistes, ça a juste été une évolution naturelle par rapport au talent qui nous a toujours attiré. On continue de travailler dans un contexte confortable, et avons acquis la réputation d’être honnête et loyaux envers les gens.
Becri : Nous t’avons vu en France (Lille) avec Respect Tha God, et en Belgique (Bruxelles) également lors de l’anniversaire de la Zulu Nation en 2011. Est-ce qu’un tour européen de CJM est prévu ?
Ide : Ah mec, j’adorerais ! J’ai passé un moment génial quand j’étais en Europe. C’était super d’y être, et de voir l’amour qu’il y a de l’autre côté de l’océan pour CJM. Shout out à Badie, Grey Square Records et Respect Tha God sans qui ça n’aurait pas été possible. L’Europe est « Straight Hip Hop », j’y ai retrouvé la sensation que je pouvais avoir à New-York à la fin des années 90. Tout le monde là-bas représente à fond, j’ai eu la chance d’y rencontrer beaucoup d’MC’s, DJ’s et Graffiti Artistes de talent. J’ai l’impression que l’Europe continue d’être dans l’optique d’avoir des lyrics sans concession et bien crus qui cognent, et c’est super. Il y a toujours une passion authentique et de l’excitation pour la musique en Europe. Une partie de cette excitation a été noyée et dispersée à New-York (du moins, c’est l’impression que j’en ai par moment). En tout cas, je viens juste d’apprendre que je serai de retour à Lille et en Belgique (et j’espère dans d’autres villes), du 19 au 27 Octobre. Et si possible, j’aimerai que le séjour soit aussi étendue que possible.

Becri : Depuis que je suis l’actualité de CJM, j’ai l’impression qu’un CD sort tous les mois. Est-ce que ça fait partie d’une stratégie ?
Ide : On essaye de sortir du son aussi souvent que possible. C’est une chose de sortir un putain d’album dans l’année, mais si tu développes tout un catalogue de sorties, qui ne sont que des sorties qui défoncent, alors là tu attires l’attention des gens. Au point où nous en sommes, c’est important que les gens se rendent compte de ce qu’on est en train de faire. Notre mouvement s’agrandit de jour en jour, et jusqu’à ce qu’on se mette à exploser, il faut que nous continuions avec cette formule pour atteindre une notoriété de masse par nous-même. Tu peux être sur que tu verras des nouvelles sorties de Jise, Respect Tha God, CF, Nems, Swave Sevah, IDE, Alucard, Critical, I Am Many, Dontique, et d’autres dans le courant de l’année.
Becri : Récemment, j’ai remarqué que vous avez eu votre station de radio sur le site www.undergroundhiphop.com, les autres stations sont consacrées à DJ Premier, Black Milk, Alchemist, ABB records… ça montre que vous gagnez en notoriété dans l’underground.
Ide : Nous avons beaucoup de respect pour UGHH, ça fait des années qu’ils font un très bon boulot. Apparemment ils ne prennent que des pointures pour leurs stations radios, ça a donc été un vrai privilège d’en faire partie. Restez brancher sur cette station, c’est rien que du vrai Hip Hop!!!
Becri : Tu t’y connais un peu en Hip Hop Français ?
Ide : Quand j’étais chez vous, Badie m’a fait tourner du vrai Hip Hop Français très lourd. J’ai trouvé intéressant le fait que la France est un des seuls pays où le Hip Hop Français (national) vend plus que le Hip Hop US. C’est mortel de voir que votre scène Hip Hop soit si vaste. Et même si j’arrive pas à comprendre les lyrics, il y a quand même cette cadence et cette passion qui ne nécessite pas de traduction. Tu peux toujours te rendre compte qu’un emcee à un flow mortel… Je n’ai pas de noms spécifiques à te donner, mais j’ai entendu de très bonnes productions et du flow sans pitié !
Becri : Le mot de la fin ?
Ide : Continuez de jeter un oeil sur www.CreativeJuicesMusic.com pour plus d’infos sur les prochaines sorties, et si ça vous plait, choppez des T-shirts et CD’s. Si vous voulez nous booker pour une tournée ou juste nous contacter, vous pouvez le faire via info(at)creativejuicesmusic.com.







